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Karine : Là où les récoltes dépassent les légumes

Portrait d’une femme qui cultive la nature… et les liens entre les personnes.

Agriculture communautaire Argenteuil

Au fil de la conversation, une chose devient rapidement évidente : Karine ne reste jamais longtemps centrée sur elle-même. Lorsqu’on lui demande de raconter son parcours, elle répond avec simplicité, mais son regard finit toujours par se poser ailleurs. Une plante attire son attention, une fleur lui rappelle une anecdote, une framboise noire cachée au bord du sentier devient l’occasion de partager une découverte. En marchant avec elle dans le champ de l’Agriculture Communautaire Argenteuil , on comprend que sa façon d’habiter cet endroit ressemble à sa manière d’être avec les gens. Elle observe, elle s’émerveille et, surtout, elle transmet.

Son parcours pourrait pourtant donner l’impression d’avoir emprunté plusieurs directions. Pendant quinze ans, elle travaille dans le milieu scolaire comme technicienne en éducation spécialisée. Elle accompagne aussi de jeunes mamans au Centre Marie-Ève, dirige une maison des jeunes, devient horticultrice pour la municipalité de Saint-Placide et retourne ensuite aux études en production horticole. À cela s’ajoute une formation en herboristerie, portée par une curiosité qui ne semble jamais s’être essoufflée. À première vue, ces expériences n’ont pas grand-chose en commun. En l’écoutant raconter son histoire, elles apparaissent plutôt comme les différentes facettes d’une même vocation : accompagner les autres tout en cultivant un lien profond avec la nature.

« Quand j’ai vu ça, j’ai fait : « Voyons donc… c’est comme si ça avait été écrit juste pour moi. » »

Pendant longtemps, Karine nourrit le rêve d’avoir sa propre ferme. Elle y croit suffisamment pour retourner sur les bancs d’école et apprendre un nouveau métier. Puis la pandémie bouleverse les plans. Le prix des terrains explose, les fermettes deviennent inaccessibles et ce projet s’éloigne. Elle évoque cette période sans amertume, comme si la vie l’avait simplement conduite ailleurs. Avec le recul, elle réalise même que ce détour l’a menée exactement là où elle devait être. Lorsqu’elle découvre l’offre d’emploi de l’Agriculture Communautaire Argenteuil, la réaction est immédiate. « Quand j’ai vu ça, j’ai fait : « Voyons donc… c’est comme si ça avait été écrit juste pour moi. » » La phrase est lancée dans un éclat de rire, mais elle traduit un sentiment plus profond : celui d’avoir enfin trouvé un endroit où toutes les pièces de son parcours prennent sens.

Agriculture Communautaire Argenteuil

Ce qui la motive aujourd’hui dépasse largement la culture des légumes. Ce qui l’anime, c’est la rencontre. Accueillir des personnes qui n’ont jamais mis les pieds dans un jardin, voir un groupe découvrir comment pousse une laitue ou entendre quelqu’un dire qu’il cuisinera pour la première fois un légume récolté de ses propres mains lui procure une satisfaction qu’elle décrit avec une image pleine d’humour : « J’ai l’impression d’être le Père Noël. » Derrière la plaisanterie se cache une conviction bien réelle. Chaque visite est une occasion de transmettre un savoir, mais aussi de redonner confiance à ceux qui pensaient ne pas avoir leur place dans un champ.

« J’ai l’impression d’être le Père Noël. »

Les souvenirs qu’elle raconte ne parlent d’ailleurs jamais de performances agricoles. Ils parlent de personnes. Il y a cet homme qui récolte sa laitue avec une marchette, les enfants qui s’émerveillent en arrachant leur première laitue ou encore ces visiteurs qui repartent plus calmes qu’à leur arrivée. « Ici, on s’adapte », résume-t-elle simplement.

« Ça n’a pas besoin d’être compliqué. Les affaires simples, c’est ça que les gens aiment. »

Avec le temps, Karine dit avoir appris une leçon qu’elle n’avait pas anticipée. Au début, elle voulait multiplier les activités et préparer des animations toujours plus élaborées. Puis les participants lui ont montré que l’essentiel se trouvait ailleurs. « Ça n’a pas besoin d’être compliqué. Les affaires simples, c’est ça que les gens aiment. » Cette réflexion revient souvent au cours de la discussion. Elle parle de récolter une laitue, de prendre le temps d’échanger, de s’arrêter devant une fleur sauvage ou de partager une boisson préparée avant l’arrivée d’un groupe. Ces gestes paraissent modestes, mais ils créent un climat où les gens se sentent attendus, accueillis et acceptés tels qu’ils sont.

« La bienveillance. L’entraide. La coopération. »

Lorsqu’on lui demande ce que l’on cultive vraiment à l’Agriculture Communautaire Argenteuil , Karine ne répond ni « des tomates » ni « des haricots ». Elle prend une légère pause avant de répondre : « La bienveillance. L’entraide. La coopération. » Les légumes nourrissent les familles et soutiennent les organismes, mais ils ne sont finalement qu’une partie de la récolte. Ce qui pousse ici est moins visible. C’est la confiance d’un enfant qui découvre qu’il est capable de récolter ses propres légumes. C’est la curiosité d’un visiteur qui repart avec l’envie d’essayer un jardin. C’est le sentiment d’appartenir à une communauté où chacun a quelque chose à apporter.

En quittant le champ, on repense aux nombreuses fois où Karine s’est interrompue pour montrer une plante ou raconter une histoire. Ces détours n’en étaient pas vraiment. Ils révélaient sa façon de regarder le monde, avec une curiosité intacte et le désir constant de partager ce qu’elle découvre. On vient à l’Agriculture Communautaire Argenteuil pour récolter des légumes, mais on en repart avec l’impression d’avoir rencontré quelqu’un qui nous rappelle, avec beaucoup de douceur, que les plus belles récoltes sont souvent celles que l’on ne peut pas peser.