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Lisette Pronovost Gauthier, l’art de tracer sa voie

À 79 ans, Lisette Pronovost-Gauthier possède cette assurance tranquille de celles qui ont appris à faire leur place sans attendre qu’on la leur offre. De l’Abitibi à Lachute, des mouvements de parents aux conseils d’administration, elle a traversé les décennies avec une même envie : participer, rassembler et faire avancer les choses. En 2026, son engagement a été reconnu à l’échelle du Québec. Mais pour comprendre ce qui anime cette femme, il faut remonter bien avant les distinctions.

Lisette Pronovost Gauthier - CDSA

Tout commence au bord d'un lac

À Clairval, près du lac Abitibi, l’entraide fait partie de la vie quotidienne. C’est là que grandit Lisette, dans un village où les gens se connaissent et où l’on apprend tôt à veiller les uns sur les autres.

Elle a huit ou neuf ans lorsqu’une épidémie de fièvre typhoïde bouleverse la communauté. Certaines familles doivent rester confinées. La petite Lisette se charge alors de leur apporter l’épicerie. Un geste qui pourrait sembler anodin, mais qui marque le début d’une longue histoire avec le bénévolat.

Quelques années plus tard, elle n’est encore qu’une adolescente lorsqu’elle devient présidente d’un groupe des Lacordaires. Elle a quinze ou seize ans. Autour d’elle, principalement des hommes adultes.

Une jeune fille qui dirige les échanges, prend des décisions et découvre, peut-être sans encore le savoir, une aisance qui lui servira toute sa vie.

Ce ne sera pas la dernière fois que Lisette se retrouvera dans une position inhabituelle.

« Je pense que le bénévolat a grandi avec moi, a vieilli avec moi. »

Une place à prendre, une voix à faire entendre

Le mariage, les enfants et les déménagements rythment les années suivantes. Partout où elle s’installe, Lisette trouve une manière de s’impliquer.

À Mont-Laurier, où sa famille arrive en 1977, elle s’engage dans le mouvement des parents. Les préoccupations du milieu scolaire la conduisent jusqu’à Québec, où elle défend des dossiers qui lui tiennent à cœur.

Elle découvre alors un autre visage de l’engagement : celui des discussions parfois longues, des décisions à négocier et des intérêts à concilier.

Puis, au début des années 1980, la famille s’installe à Lachute.

Lisette connaît peu de monde. Une invitation à participer à l’organisation du centenaire de la municipalité, célébré en 1985, va changer les choses. Elle y rencontre des gens d’affaires, des représentants d’institutions et plusieurs figures de la vie locale.

De fil en aiguille, elle rejoint le conseil d’administration de la Chambre de commerce de Lachute.

Elle est la seule femme autour de la table.

Les autres administrateurs sont notaires, avocats, industriels ou commerçants. Lisette, elle, ne possède pas d’entreprise. Son expérience vient d’ailleurs : des écoles, des associations, des familles et de toutes ces années passées à mobiliser les gens autour d’un objectif commun.

Elle y trouve pourtant pleinement sa place, jusqu’à devenir présidente de la Chambre de commerce pendant deux ans.

« Vous m’avez acceptée, on fonctionne ensemble. »

La formule lui ressemble. Simplement la volonté de contribuer, avec les compétences et l’expérience qu’elle apporte.

Son implication auprès de la Chambre se poursuivra pendant plusieurs années, notamment dans l’organisation de son tournoi de golf.

Quand l'expérience se met au service des aînés

Au fil du temps, une cause prend une importance particulière dans son parcours : celle des personnes aînées.

Lisette participe à la fondation de la Table de concertation Parole aux aînés d’Argenteuil, où des organismes et des partenaires se réunissent pour échanger sur les réalités du vieillissement et chercher ensemble des réponses adaptées au territoire.

Elle contribue également à l’organisation de dîners-conférences. Des occasions de s’informer, bien sûr, mais aussi de sortir de chez soi, de rencontrer des gens et de maintenir des liens.

Car derrière les dossiers et les structures, il y a toujours des personnes.

Depuis 2020, Lisette s’implique auprès de Prévoyance envers les aînés des Laurentides. Elle y devient sentinelle bénévole, puis administratrice. En juin 2024, elle succède à Françoise Lamond à la présidence de l’organisme.

Cette fonction lui permet de mettre son expérience au service d’une mission qui lui tient à cœur. Mais elle conserve aussi ce contact direct avec les gens qui donne tout son sens à son engagement.

Comme sentinelle, elle accompagne des personnes aînées qui vivent des situations de vulnérabilité, en leur offrant une présence attentive et en les aidant à retrouver des ressources et des possibilités d’agir.

Quatre mots. Sans détour, sans volonté d’en faire davantage. Pour Lisette, ils semblent suffire à expliquer une bonne partie de ses choix :

« J’aime aider les gens. »

Et cette attention ne se limite pas à ses engagements officiels. Elle se manifeste aussi dans les gestes ordinaires, auprès d’une voisine nouvellement arrivée ou d’une personne qui a simplement besoin d’être écoutée.

« J’aime aider les gens. »

Une reconnaissance qui raconte autre chose

En 2026, Lisette Pronovost Gauthier figure parmi les lauréates et lauréats des prix Hommage bénévolat-Québec, dans la catégorie Bénévole.

La distinction souligne un parcours exceptionnel d’engagement et la contribution de celles et ceux qui, année après année, enrichissent la vie de leur communauté.

Pour Lisette, cette reconnaissance représente un moment important. Elle apprécie la cérémonie, les rencontres, le caractère officiel de l’événement.

Pourtant, lorsqu’elle en parle, c’est un autre détail qui semble l’avoir particulièrement touchée.

Sa candidature avait été préparée par Véronique, une ancienne employée de Prévoyance, qui souhaitait voir son travail reconnu.

« Ce qui m’a fait le plus chaud au cœur, c’est qu’elle ait pensé à m’inscrire. »

Ce qui la touche, au fond, c’est d’avoir été reconnue par quelqu’un qui connaît son engagement.

Une attention personnelle, derrière une distinction provinciale.

« Ce qui m’a fait le plus chaud au cœur, c’est qu’elle ait pensé à m’inscrire. »

Lisette Pronovost Gauthier - CDSA
Lisette Pronovost Gauthier - CDSA

Ce que les années lui ont appris

À 79 ans, Lisette a connu plusieurs vies en une seule. Elle a élevé ses enfants, changé de ville, assumé des responsabilités, rencontré des gens de tous les milieux. Elle a aussi traversé des épreuves, dont la perte de son mari alors qu’il était encore jeune.

Lorsqu’elle évoque son parcours, elle ne cherche pas à en faire une histoire parfaite. Elle parle des occasions qui se sont présentées, des personnes qui lui ont fait confiance et de ce qu’elle a appris au fil des années.

« J’ai eu quand même une belle vie. »

Il y a dans cette phrase quelque chose de profondément révélateur. Lisette ne semble pas mesurer sa vie à l’accumulation des titres ou des reconnaissances. Ce sont les expériences, les rencontres et les liens créés qui occupent le plus de place dans son récit.

De la petite fille qui livrait l’épicerie aux familles de Clairval à la présidente de Prévoyance envers les aînés des Laurentides, son parcours n’a jamais suivi une ligne droite. Il s’est construit une occasion à la fois, au gré des besoins, des rencontres et des responsabilités.

Et c’est peut-être ce qui rend son histoire si intéressante.

Lisette Pronovost Gauthier n’a pas attendu de connaître exactement sa destination pour avancer. Elle a saisi les occasions de contribuer, appris en chemin et, souvent, entraîné d’autres personnes avec elle.

Une manière bien à elle de tracer sa voie, sans oublier ceux qui marchent à ses côtés.

« J’ai eu quand même une belle vie. »