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Au Carrefour des femmes, chacune a sa place

À Lachute, le Carrefour des femmes accueille depuis plus de 40 ans celles qui souhaitent se retrouver, apprendre, échanger ou simplement profiter d’un moment à elles. Derrière ses activités se cache quelque chose de plus précieux encore : le sentiment d’appartenir à une communauté.

Il y a des endroits où l’on vient pour une activité et d’où l’on repart avec bien plus que ce que l’on était venue chercher.

Au 310, rue de l’Église, à Lachute, les rencontres prennent toutes sortes de formes. Un dîner partagé, une conversation qui se prolonge, un atelier créatif ou quelques minutes passées à discuter. Rien d’extraordinaire, pourrait-on penser.

Et pourtant.

C’est souvent dans ces moments tout simples que se créent les liens les plus précieux.

Au Carrefour des femmes de Lachute, on ne demande pas aux femmes de raconter leurs difficultés pour leur faire une place. Certaines viennent pour apprendre. D’autres pour rencontrer du monde, prendre du temps pour elles ou retrouver des visages familiers.

Il y a celles qui participent chaque semaine et celles qui reviennent après plusieurs mois. Des jeunes adultes, des mères, des femmes plus âgées. Des parcours différents, des envies différentes, mais une même liberté : celle de venir comme on est.

« Pas besoin d'avoir une situation particulière pour venir », rappelle l'équipe.

Cette phrase paraît toute simple. Elle change pourtant beaucoup de choses.

Parce qu’on associe encore trop souvent les organismes communautaires aux difficultés de la vie. Comme s’il fallait traverser une épreuve pour avoir le droit de trouver une ressource,  chercher de la compagnie, de découvrir une activité ou de s’accorder un moment de répit.

Au Carrefour, on voit les choses autrement.

Carrefour des femmes - CDSA

Bien plus qu'un repas partagé

Une fois par mois, les femmes se retrouvent autour d’un dîner collectif. Certaines participent à la préparation, d’autres arrivent pour partager le repas. Et, peu à peu, les conversations prennent leur place.

On échange des recettes, des souvenirs, des nouvelles. On découvre parfois des points communs avec une femme que l’on connaissait à peine quelques minutes plus tôt.

« Dès qu’on commence à cuisiner, il y a des petites choses, on se laisse aller dans des confidences », raconte l’équipe.

Ces échanges spontanés sont précieux. Ils permettent de créer des liens, mais aussi de mieux comprendre les intérêts et les préoccupations des femmes. Une discussion peut inspirer un atelier, faire naître une idée ou simplement offrir un moment d’écoute.

Et lorsque des portions restent après le dîner, elles sont conservées au congélateur pour les femmes qui pourraient en avoir besoin.

Un geste simple, presque naturel, qui en dit beaucoup sur la façon dont l’entraide se vit au Carrefour.

Parfois, ce n’est pas l’activité qui compte le plus, mais les rencontres qu’elle rend possibles.

Les petites attentions qui font une différence

En poursuivant notre visite, nous découvrons d’autres espaces qui témoignent de cette attention portée au quotidien des femmes.

Le comptoir vestimentaire, par exemple, permet de choisir gratuitement des vêtements provenant de dons de la population. On peut aussi y trouver, selon les disponibilités, de la vaisselle, des draps, des rideaux et différents articles pour la maison.

Pour une jeune femme qui s’installe dans son premier appartement, une personne qui déménage ou une femme qui recommence une nouvelle étape de sa vie, ces objets peuvent avoir une importance particulière.

Une armoire communautaire met également à disposition des produits d’hygiène et de première nécessité, gratuitement.

Mais le Carrefour ne se limite pas à répondre à des besoins matériels.

On y retrouve aussi des ateliers créatifs, des activités de groupe, des moments d’échange et des occasions de prendre soin de soi.

Une collaboration avec une massothérapeute permet notamment à certaines femmes qui participent déjà à la vie du Carrefour de profiter de séances de massothérapie, selon les disponibilités.

Une initiative qui rappelle que le bien-être ne devrait pas toujours passer après les responsabilités du quotidien.

Au fond, toutes ces activités ont un point commun : elles permettent aux femmes de trouver ce qui leur fait du bien, à leur façon.

Sans pression. Sans obligation.

Ces liens qui restent, même lorsqu'on s'absente

Au cours de notre rencontre, l’équipe nous raconte l’histoire d’une femme qui a récemment perdu son conjoint.

Auprès de sa famille, elle ressent le besoin de rester forte. De soutenir ses proches, alors qu’elle traverse elle-même un deuil.

Au Carrefour, elle trouve un endroit où elle peut parler de ce qu’elle vit, sans avoir à porter cette même responsabilité.

Cette histoire rappelle que même lorsqu’on est entourée, on peut avoir besoin d’un espace différent pour s’exprimer librement.

Et ce besoin ne suit pas nécessairement un calendrier.

Certaines femmes viennent régulièrement. D’autres s’absentent pendant plusieurs mois, puis reviennent lorsqu’elles en ont envie. Il arrive aussi que certaines gardent simplement le contact par téléphone.

L’équipe ne mesure pas l’importance de ces liens au nombre de présences.

« Même si ça fait six mois qu’elle n’est pas là, elle sait qu’on est là. »

Cette phrase résume à elle seule une grande partie de la philosophie du Carrefour.

On peut prendre ses distances, revenir, retrouver des visages connus et reprendre une conversation là où on l’avait laissée.

C’est une forme d’appartenance qui se construit avec le temps.

Et qui compte parfois bien davantage qu’on ne l’imagine.

« Avez-vous pensé aux femmes? »

Derrière les rencontres, les activités et l’ambiance chaleureuse du Carrefour se trouve une autre dimension, tout aussi importante : son engagement envers les droits des femmes.

Fondé en 1983, le Carrefour fait partie du mouvement de l’action communautaire autonome. Ses orientations prennent naissance dans les besoins exprimés par les femmes et dans leur volonté de se rassembler pour améliorer leurs conditions de vie.

Cette autonomie lui permet de choisir ses façons de travailler et de défendre les enjeux qu’il juge importants, tout en collaborant avec les autres organisations du territoire.

Car le travail de l’équipe ne s’arrête pas aux activités proposées dans ses locaux.

Les travailleuses participent également à différentes tables de concertation, où elles apportent un regard essentiel sur les réalités vécues par les femmes.

Et leur contribution commence souvent par une question.

« Avez-vous pensé aux femmes? Quelles répercussions ça peut avoir sur les femmes? »

Une question qui semble évidente, mais qui mérite d’être posée.

Prenons le logement, par exemple.

Pendant notre rencontre, la discussion s’oriente vers les difficultés que peuvent rencontrer certaines femmes après une séparation. Trouver un appartement abordable, assumer seule les dépenses ou devoir se reloger rapidement peut devenir un véritable défi.

L’équipe attire également notre attention sur des situations moins visibles : des femmes qui trouvent temporairement refuge chez des proches ou qui passent d’un hébergement à un autre, faute de logement accessible.

Des réalités qui ne correspondent pas toujours à l’image que l’on se fait de la précarité résidentielle.

Le Carrefour contribue également à la prévention des différentes formes de violence envers les femmes. Il collabore notamment avec La Citad’Elle, la maison d’hébergement du territoire, tout en conservant une mission distincte.

Son rôle ne consiste donc pas uniquement à offrir des activités ou un lieu de rencontre.

Il contribue aussi à faire entendre les préoccupations des femmes dans les discussions qui touchent l’ensemble de la communauté.

Quarante ans d'histoire, et autant de rencontres à venir

Au fil des décennies, le Carrefour a évolué.

Les locaux ont été réaménagés, les espaces repensés et les activités adaptées aux intérêts et aux besoins des femmes. L’équipe a notamment choisi de libérer davantage d’espace pour les rencontres, tout en aménageant des bureaux permettant des discussions plus individuelles lorsque nécessaire.

Mais certaines choses traversent les années.

Sur l’un des murs, une œuvre réalisée à l’occasion du 40e anniversaire de l’organisme attire notre attention.

L’équipe nous raconte qu’une artiste est venue peindre en direct avec la participation des femmes. Au départ, les formes ne laissaient pas nécessairement deviner le résultat final.

Puis, peu à peu, les couleurs et les figures sont apparues.

Des fleurs. Des tournesols. Des visages. 

Et, au centre, une femme.

« La femme est au cœur de tout ça », nous explique-t-on.

Difficile de trouver une image plus juste pour représenter le Carrefour.

Depuis 1983, des générations de femmes ont contribué à faire vivre cet endroit. Certaines y ont découvert de nouvelles activités. D’autres y ont noué des amitiés, trouvé une écoute ou pris part à des initiatives collectives.

Et chacune, à sa façon, a participé à son histoire.

En quittant le Carrefour, on comprend que sa richesse ne se mesure pas seulement au nombre d’ateliers organisés, de repas partagés ou de services offerts.

Elle se trouve aussi dans ces rencontres dont on ne peut pas toujours prévoir la portée.

Une conversation qui fait du bien. Une nouvelle amitié. Une activité qu’on n’aurait jamais pensé essayer. Ou simplement le plaisir de retrouver des personnes avec qui l’on se sent à l’aise.

On ne sait pas toujours ce qu’une rencontre peut nous apporter. Mais encore faut-il se donner la chance de la vivre.

310, rue de l’Église, Lachute

Téléphone : 450 562-7122

Site Web : cafela.org

Le Carrefour accueille les femmes adultes de la MRC d’Argenteuil. Il n’est pas nécessaire d’être membre pour participer aux activités. Une carte de membre de 5 $ par année est proposée pour soutenir l’organisme.

Consultez sa programmation pour découvrir les prochaines activités.