CDSArgenteuil

Alicia : là où elle a trouvé sa place

Portrait d’une ouvrière agricole qui grandit au rythme du vivant.

C’est parfois au détour d’une annonce, trouvée presque par hasard, que commencent les plus belles rencontres avec un métier. Pour Alicia, tout est parti d’Indeed, d’un poste d’ouvrière agricole aperçu au moment où elle cherchait simplement un job. Elle s’est essayée, sans trop savoir à quoi s’attendre. Un an plus tard, elle parle de ce travail comme d’un lieu qui lui a permis de se reconstruire, d’apprendre et de trouver sa place.

« Aussi simple que ça ! J’ai vu “ouvrière agricole” sur Indeed… puis je me suis essayée. »

Ce premier pas, presque anodin, l’a menée bien plus loin qu’elle ne l’imaginait. Dans le champ d’Agriculture communautaire Argenteuil, Alicia a trouvé un espace où apprendre, créer et avancer prennent tout leur sens. Ici, le travail ne se limite pas à semer, récolter ou nettoyer. Il demande de réfléchir, d’observer, de s’adapter, de créer. Et surtout, il oblige à avancer avec les autres, au rythme du vivant.

« La première journée, j’ai compris que ce n’était pas juste planter et récolter. Il y a toujours plus à faire, plus loin à penser. »

Dès ses premiers pas, elle a compris que le champ était bien plus complexe qu’il n’y paraît. Derrière chaque culture, il y a des gestes techniques, mais aussi des choix, des calculs et des ajustements constants. Il faut penser à la suite, à ce qui pousse, à ce qui résiste, à ce qui change. Ce qu’elle a découvert, c’est un milieu qui stimule autant l’esprit que le corps. Un monde où l’on touche à tout, où chaque journée apporte sa part d’imprévu et où la routine n’a pas vraiment sa place.

Cette année, elle a même porté un projet peu commun : la culture du luffa. Après des heures passées à chercher, comprendre et tester pendant l’hiver, elle a imaginé son propre coin, sa propre manière de faire. Un projet qu’elle a porté avec patience et conviction, comme on cultive une idée jusqu’à ce qu’elle prenne forme.

Son enthousiasme ne s’arrête pas aux luffas. Si elle devait faire découvrir une seule plante à quelqu’un qui visite le champ pour la première fois, elle choisirait sans hésiter la bette à carde. « Personne ne connaît ça ! C’est tellement beau ! » dit-elle en parlant de ses couleurs rose, rouge et jaune avec émerveillement.

« Il n’y a jamais une routine qui s’installe. On apprend une nouvelle chose chaque jour. »

Mais la vie au champ se vit aussi dans l’effort. Le travail est physique et souvent dépendant de la météo. La chaleur peut bouleverser une journée entière. Les insectes, la terre, les gestes répétés, tout cela fait partie du quotidien. Et il y a les tâches qu’on n’oublie pas, même quand on en rit après coup.

Pour Alicia, l’ail reste un souvenir bien particulier qu’elle raconte aujourd’hui avec un sourire.

Arrivée en fin de saison, elle s’y est plongée jusqu’aux premières neiges, dans le froid d’octobre, à nettoyer, sécher, défaire et replanter. Plus de 5 200 gousses mises en terre, une à une, dans une saison déjà bien entamée.

Il y a pourtant, au cœur de cette intensité, une douceur inattendue. Celle des petites présences qui donnent au lieu son caractère presque familier. Citron, la couleuvre de la serre, fait désormais partie du décor. Pinotte, l’écureuil du champ, passe régulièrement rappeler qu’ici, les humains partagent l’espace avec le vivant sous toutes ses formes. Ce sont de petites histoires, parfois amusantes, mais elles racontent aussi quelque chose d’essentiel : le champ n’est pas seulement un lieu de production, c’est un milieu de vie.

« Tout est surprenant à tous les jours. C’est comme un champ magique ! »

Et puis il y a ce qui donne à tout cela une portée plus grande : le sens.

Les récoltes quittent le champ pour nourrir des personnes bien réelles. Des familles, des enfants, des groupes qui en ont besoin. Pour Alicia, cette réalité donne une valeur immense à chaque effort.

« Ça fait du bien de savoir qu’on aide des gens. On ne travaille pas pour rien. »

Dans cette phrase, on entend tout ce que ce travail représente pour elle. Il ne s’agit plus seulement d’un emploi, mais d’un endroit où elle se sent utile, où elle voit concrètement à quoi servent ses efforts et où elle participe à quelque chose de plus grand qu’elle. Dans un contexte où la vie coûte de plus en plus cher et où les besoins grandissent, cette mission prend encore plus de sens.

Avec le temps, ce lieu est aussi devenu un refuge actif, un espace où elle respire autrement. Elle n’a même plus besoin de décrocher en rentrant chez elle, parce que le travail lui-même lui permet de le faire.

« Venir ici, c’est décrocher. »

Au fil des mois, le champ est devenu pour Alicia bien plus qu’un cadre de travail. Un lieu d’apprentissage, de reconstruction et d’appartenance. Un espace où elle a retrouvé du sens, développé sa confiance et découvert qu’elle pouvait elle aussi faire pousser des projets.

Elle y est arrivée par hasard.

Elle y a trouvé sa place.